Fin de vie : un sujet au coeur des questionnements

PARTAGER SUR...

Pour rappel, la loi Claeys-Leonetti, adoptée en 2016[1], permet une « sédation profonde et continue » jusqu’au décès des malades lorsque le pronostic vital est engagé. Pour autant, cela ne permet pas de provoquer activement la mort. Le patient remet ainsi ses directives anticipées, qui s’imposent aux médecins.

Depuis fin 2022, la Convention citoyenne sur la fin de vie mène une réflexion sur ce sujet délicat qu’est la fin de vie. Le 19 mars dernier, la Convention s’est réunie pour une phase d’harmonisation des échanges et s’est prononcée en faveur de l’ouverture de l’aide active à mourir, sous conditions.

En vue de la réponse au document final du Gouvernement, cela a été l’occasion pour la Convention de préciser ses propositions. Ont ainsi été soumises au vote les questions suivantes :

« L’accès à l’aide active à mourir devrait-il être ouvert ? » (164 votants) :

  • 75,6% ont répondu « oui » :
  • 23,2% ont répondu « non » ;
  • 1,2% se sont abstenus.

« La possibilité d’un accès à l’aide active à mourir devrait-elle être ouverte aux personnes avec condition(s) ? » (163 votants) :

  • 70,6% ont répondu « oui » ;
  • 14,7% ont répondu « non » ;
  • 13,5% ont indiqué être opposés à l’ouverture de l’aide active à mourir.

Avant de revenir sur les propositions de la Convention citoyenne, il convient de différencier suicide assisté et euthanasie :

  • Dans le cas de l’euthanasie, l’acte létal (qui va entraîner la mort) est effectué par le corps médical.
  • Dans le cas d’un suicide assisté, c’est le malade qui effectue l’acte provoquant sa mort. Le corps médical ne fournit qu’une assistance.

Suite aux débats et échanges menés durant la Convention, le parcours du patient en fin de vie a détaillé. 6 étapes clés sont en ce sens identifiées, avec des principes essentiels (détaillés plus précisément dans le compte rendu de la 8ème session de la Convention) :

1/ L’expression de la demande :

  • Le patient doit être à l’initiative de la demande,
  • La demande peut être émise via la personne de confiance et doit être exprimée auprès d’un médecin (généraliste ou à l’hôpital),
  • La demande (réitérée) du patient doit être formalisée de manière écrite ou enregistrée de manière archivable pour faire l’objet d’une preuve.

2/ L’accompagnement médical et psychologique :

  • La famille ne doit être impliquée que sur demande du patient,
  • La personne de confiance doit être informée de la demande,
  • Un ou plusieurs rendez-vous médicaux doivent être proposés au patient ainsi qu’un suivi psychologique,
  • Le patient doit être informé de la primauté du suicide assisté sur l’euthanasie.

3/ L’évaluation du discernement :

  • L’évaluation doit être réalisée avant la validation de la demande,
  • Elle doit avoir lieu entre la demande initiale et la réalisation de l’acte (notion de parcours),
  • L’avis de la famille et des accompagnants doit rester facultatif.

4/ La validation de la demande :

  • Le parcours n’est proposé qu’en dernier recours une fois que toutes les options ont été testées,
  • Une procédure collégiale et pluridisciplinaire est mise en place pour valider la conformité de la demande.

5/ La réalisation de l’acte :

  • La présence d’au moins un professionnel de santé est souhaitée,
  • Une clause de conscience est possible pour professionnels avec une réorientation vers un autre professionnel (une liste de professionnels volontaires est transmise au patient),
  • Pour le suicide assisté, l’acte est nécessairement réalisé par la personne elle-même,
  • Il est possible de choisir l’euthanasie contre le suicide assisté, et inversement, sans avoir à refaire tout le parcours,
  • Le patient doit avoir le choix du lieu (structure médicale, domicile, EHPAD…),
  • Le patient peut changer d’avis à tout moment, jusqu’à la fin.

6/ L’encadrement et contrôle :

  • Une commission de contrôle assure la traçabilité des actes,
  • Elle mise en place a priori et a posteriori pour vérifier le respect de la procédure
  • L’ultime session, avec l’adoption solennelle du document final ainsi que la remise des travaux au Gouvernement auront lieu début avril.

Dans les secteurs grand-âge et handicap, les associations se sont mobilisées face à ces récentes propositions. A ce titre, l’association Petits Frères des pauvres a publié une série de recommandations sur le sujet, notamment :

  • Communiquer massivement sur les directives anticipées, la personne de confiance et les soins palliatifs,
  • Développer le bénévolat d’accompagnement des personnes en fin de vie, à domicile, en milieu hospitalier et en EHPAD,
  • Rendre obligatoire une formation sur les soins palliatifs et sur les différents dispositifs liés à la fin de vie pour l’ensemble des professionnels du médico-social intervenant à domicile, en EHPAD ainsi que dans les structures du secteur hébergement et insertion,
  • Instaurer l’obligation d’une prise en charge palliative de la fin de vie dans le projet d’établissement de tous les EHPAD.

Du côté du handicap, plusieurs collectifs craignent que les personnes en situation de handicap soient mises de côté par le débat public. Les acteurs du secteur médico-social souhaitent ainsi rester vigilants afin que les personnes accompagnées soient représentées dans ces échanges.


[1] Loi n° 2016-87 du 2 février 2016 créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie

À découvrir...

Plus d'articles de cet auteur

Nos derniers articles

[ Web’café ] DUERP 2026 : ce que le nouveau décret change concrètement pour les ESSMS – Le 8 octobre de 8h45 à 9h30

Le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels évolue… et les ESSMS doivent désormais adapter leurs pratiques pour rester conformes tout en renforçant la prévention des risques au quotidien. Lors de ce webinaire, nous décrypterons les impacts concrets du nouveau décret sur la gestion des risques professionnels : Nouvelles obligations Mise...

Budgets 2027 – L’Uniopss a adressé aux parlementaires 43 propositions pour faire des solidarités le moteur d’une France forte

Alors que les associations sont au bord de l’asphyxie financières, que les besoins sociaux augmentent, elles ne peuvent plus attendre une année qu’une nouvelle équipe soit à la tête du pays : Les PLF et PLFSS pour 2027 doivent être des budgets utiles Il est urgent d’investir pour des choix...

Et si nous arrêtions vraiment ?

Rejoignez la Mobilisation Associative Nationale du 12 au 17 octobre 2026. Alors que la pauvreté atteint son niveau le plus élevé depuis trente ans en France, nos associations traversent une crise d'une gravité inédite. Depuis des années, nous subissons des coupes budgétaires cumulées qui nous contraignent à adapter...

Et si nous arrêtions vraiment ? Une mobilisation nationale, unitaire et intersectorielle – MAJ du 05/10

Mesdames, Messieurs,Chers adhérents, Du 12 au 17 octobre, le réseau Uniopss-Uriopss et près de 40 organisations se mobilisent pour défendre les solidarités et les structures de l'économie sociale et solidaire qui les font vivre au quotidien. Cette semaine ouvre une séquence appelée à se prolonger jusqu'à l'élection présidentielle...

Intelligence artificielle : un guide interministériel pour encadrer les usages

La DINUM, la DITP et la DGAFP publient un cadre de référence commun pour accompagner les agents de l’État dans leurs usages professionnels de l’intelligence artificielle. Un guide dont les principes peuvent également nourrir les pratiques des professionnels du secteur privé, notamment dans les ESMS. Tour d'horizon. Un...

Evolution du régime social de la prime transport ou prime carburant pour 2026

Face à la hausse du prix des carburants, le Gouvernement a décidé d’assouplir, pour la seule année 2026, le régime social de la prise en charge par l’employeur des frais de carburant engagés par les salariés pour leurs trajets entre leur domicile et leur lieu de travail....

Transparence salariale : le projet de loi de transposition est présenté en Conseil des ministres

La transposition, en droit français, de la directive européenne n° 2023/970 du 10 mai 2023 relative à la transparence salariale est toujours en cours. Après une première version de l’avant-projet de loi transmise aux partenaires sociaux le 6 mars 2026, une seconde leur a été adressée début...

Pause IA et panique morale sur l’avenir de l’intelligence artificielle

Questionnement. Le débat autour d’une pause dans l’évolution de l’intelligence artificielle a radicalement changé de nature. Ce qui n’était qu’une dispute théorique entre ingénieurs est devenu un sujet politique, massivement relayé par la presse. Une enquête du journal POLITICO, révèle que le développement de l’IA fracture l’opinion. Surtout...

Retour sur la journée SERAFIN-PH de l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes et les dernières actualités de la réforme

Le 15 septembre, l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes, avec l’équipe SERAFIN-PH de la CNSA, a réuni les acteurs régionaux, dont l'Uriopss Auvergne-Rhône-Alpes faisait partie pour faire le point sur la réforme et sa préparation sur le terrain. Un retour sur l’histoire du projet a notamment permis de lever certains ...

École inclusive : une rentrée 2026 entre progression quantitative et inquiétudes persistantes

Plus de 500 000 élèves en situation de handicap sont aujourd’hui scolarisés en milieu ordinaire. À la rentrée 2026, les dispositifs continuent de se développer et la Conférence nationale du handicap du 4 septembre réaffirme l’objectif d’une « École pour tous ». Mais derrière les chiffres, la...

Départementalisation des ARS : une réforme en demi-teinte qui laisse ouvertes les questions de fond

Annoncée comme une évolution majeure de l’organisation territoriale de la santé, la réforme des agences régionales de santé (ARS) s’est pour l’heure traduite par un renforcement de leur échelon départemental, sans véritable transfert du pouvoir de décision. Entre volonté de rapprocher les décisions des territoires, risque de...

Aide à mourir : ce que les ESMS doivent retenir de la décision du Conseil constitutionnel

Avec la promulgation de la loi du 18 août 2026 relative au droit à l’aide à mourir (retrouvez notre article de décryptage en cliquant ici), les ESMS entrent directement dans le champ de mise en œuvre du nouveau dispositif. La loi ne se contente pas de reconnaître...