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L’illectronisme : l’impact sur les populations fragiles en France et en Auvergne-Rhône-Alpes

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Difficulté ou incapacité à utiliser des appareils numériques ou des outils informatique, l’illectronisme est un phénomène d’illettrisme électronique souligné par l’Insee depuis 2019 affectant près de 17 % de la population française. En Auvergne-Rhône-Alpes, plus d’un million d’habitants seraient concernés par cette nouvelle forme de vulnérabilité sociale. 

Depuis la démocratisation d’internet et notamment la transformation numérique dans les années 2000, nous assistons inévitablement à une augmentation accrue du digital dans notre quotidien. Un phénomène qui implique un bouleversement de grande ampleur lié pour une part à la dématérialisation en profondeur de certaines activités et à l’évolution simultanée de la réalité économique, technologique et sociale du travail. Face à l’évolution rapide de la couverture numérique et à la dématérialisation des services, le nombre de Français se connectant quotidiennement à internet est passé de 47 % à 71 % en dix ans. C’est certain, il est devenu banal d’utiliser internet pour effectuer ses démarches administratives, habituel de prendre ses rendez-vous médicaux et courant de faire appel à la vidéo pour une simple téléconsultation.

Un enjeu de politique publique

Dès lors, comme l’explique l’étude Insee du 30 octobre 2019 « savoir utiliser les ressources numériques courantes (Internet, traitement de texte…) est devenu presque aussi indispensable que savoir lire, écrire et compter ». De même, ne pas avoir accès Internet ou ne pas savoir utiliser les outils digitaux représente « un réel handicap, notamment pour effectuer des démarches administratives ou encore pour accéder aux services publics, pouvant accroître la vulnérabilité sociale de populations potentiellement déjà fragiles ». C’est désormais une réalité : au même titre que l’illettrisme, la lutte contre l’illectronisme devient peu à peu un enjeu de politique publique, d’autant plus que 17 % de la population française serait concernée. En effet, une personne sur quatre ne sait pas s’informer et une personne sur cinq serait incapable de communiquer via Internet. La région Auvergne-Rhône-Alpes ne fait pas exception, car plus d’un million d’habitants sont susceptibles d’être en situation d’illectronisme selon une analyse de l’Insee Auvergne-Rhône-Alpes du 14 décembre 2022 (soit 15 % de la population régionale).

« Plus l’âge augmente, plus le taux d’illectronisme est élevé »

Pourtant, la région AURA ferait presque figure de bon élève, car selon l’Insee, « près d’une personne sur trois a une maîtrise élevée dans les quatre domaines de compétences numériques définis par Eurostat : recherche d’information, communication, résolution de problèmes et usage de logiciels. C’est un peu plus qu’en France de province ». Mais cela ne suffirait pas à entériner les 11 % d’habitants qui ne sont pas équipés « pour se connecter à internet, que l’accès au réseau soit possible ou non », ce qui représente 700 000 personnes, dont les trois quarts ont 60 ans ou plus. Les séniors sont donc les premiers concernés par l’illectronisme, car plus l’âge augmente, plus le taux d’illectronisme est élevé.

Par ailleurs, selon la même étude régionale de l’Insee de décembre 2022, d’autres facteurs sont à prendre en considération comme le niveau de diplôme et le type de ménages. En région « 26 % des personnes pas ou peu diplômées sont touchées, contre seulement 3 % pour celles diplômées de l’enseignement supérieur ». Cela s’en ressent sur les CSP des actifs, où les cadres et professions intermédiaires sont peu concernés (1 à 2 %) alors que les ouvriers et agriculteurs sont à la peine (9 à 11 %). De plus, sur le facteur de la situation familiale, quelle que soit la tranche d’âge, « il est nettement plus élevé chez les personnes seules et les couples sans enfant (respectivement 29 % et 21 %) que parmi les couples avec un ou plusieurs enfants ou les familles monoparentales (respectivement 4 % et 6 %) ». En somme, les enfants joueraient un rôle prépondérant dans l’acquisition des compétences numériques de leurs parents, qui doivent s’adapter, afin de répondre à la rapide évolution des outils.

Avant tout un manque de compétences

Selon l’étude Insee d’octobre 2019, des disparités territoriales liées à l’équipement sont à noter entre l’agglomération parisienne avec un taux de non-équipement de 8 % contre 13 % dans les unités urbaines de moins de 10 000 habitants. Les raisons principalement invoquées étant : « le manque de compétence (41 %), le coût du matériel (32 %) ou de l’abonnement (27 %) […] loin devant l’absence d’offre haut-débit (5 %) ». Mais en réalité ce manque de compétence est plus général, et touche de plein fouet ceux qui sont aussi équipés, si l’on en croit l’édition 2022 du Baromètre du Numérique (enquête Arcep, ANCT, Arcom), où 48 % des Français éprouvent au moins une forme de difficulté les empêchant d’utiliser pleinement les outils numériques et internet (+13 points par rapport à 2020). Plus qu’un équipement obsolète ou un accès difficile à internet, c’est la pleine maîtrise des outils numériques qui reste l’obstacle majeur pour 25 % des Français (+7 points par rapport à 2020). Du reste, si la crise Covid a permis de monter en compétence pour un français sur deux, un accroissement des inégalités sur la maitrise des usages numériques est largement pointée du doigt. C’est ainsi que le pourcentage sur les difficultés à effectuer des démarches en ligne grimpe de 54 %, soit +16 points par rapport à 2020, allant de pair avec le souhait de 40 % français de pouvoir se tourner vers un « accompagnement humain et pédagogique » (+16 points par rapport à 2020).

AURA : faible impact des zones blanches sur les disparités territoriales

Du côté de la région AURA, c’est plutôt l’ouest de territoire qui serait en proie à l’illectronisme si l’en croit l’étude de l’Insee AURA de décembre 2022 : « les départements moins denses du Cantal et de l’Allier, dans lesquels 22 % des habitants sont concernés […]. Les métropoles de Lyon, de Grenoble, Clermont-Ferrand, ainsi que le pôle de Genève sont aussi nettement moins touchées par l’illectronisme ». Des différences territoriales qui s’expliquent finalement par la structure de la population. En effet, les territoires ruraux, moins denses, se composent en moyenne d’une population un peu plus âgée et moins diplômée, plus exposée au risque d’illectronisme. Aussi, le facteur technique de la couverture numérique semble moins prégnant, car « si la faible couverture numérique pourrait expliquer en partie la proportion importante d’habitants en risque d’illectronisme en Ardèche, cela ne se vérifie pas partout dans la région : en Haute-Savoie, peu de personnes le sont malgré un accès fixe réduit ; à l’inverse, dans la Loire, on compte une part importante d’habitants concernés malgré un accès très répandu au réseau ». Des constats, sans nul doute, bien aidés par une couverture mobile 4G particulièrement efficiente qui « couvre environ 87 % de la superficie régionale en 2019 » permettant une distribution homogène sur le territoire et diminuant par la même, les inégalités territoriales entre citoyens.

■ Bruno Soulié

Sources :

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