
Les vœux sont un rituel. On les croit anodins, mais ils ne le sont jamais tout à fait.
Dire ce que l’on souhaite, en début d’année, revient aussi à dire ce que l’on accepte, ce que l’on redoute et ce que l’on refuse de nommer.
Dans nos secteurs, formuler des vœux n’est pas un simple exercice de style : c’est un moment de positionnement. Les mots employés, comme ceux que l’on écarte, racontent notre rapport au réel. Souhaite-t-on de la résilience, de l’adaptation, de la continuité, de la transformation ? Derrière ces termes se dessinent des lignes politiques très concrètes.
Souhaiter « une année apaisée » peut relever de l’attention portée aux équipes. Cela peut aussi traduire une fatigue collective, voire une forme de renoncement à la conflictualité nécessaire. Parler d’« agilité » rassure parfois. Cela peut aussi masquer l’accumulation d’ajustements contraints, supportés sans bruit par les structures et leurs professionnels.
À l’inverse, tout dire n’est ni possible ni souhaitable, car la parole institutionnelle engage et ne peut ni surcharger les fragilités existantes ni alimenter un sentiment d’impasse. La retenue n’est pas synonyme de déni : elle peut relever d’une responsabilité assumée.
Faire des vœux, aujourd’hui, consiste donc à chercher une ligne juste. Ne pas enjoliver. Ne pas dramatiser. Dire ce qui tient encore, sans occulter ce qui s’effrite. Refuser les formules creuses comme les postures incantatoires.
Ce choix est politique. Il ne vise pas à produire du consensus, mais de la clarté. À maintenir un espace de parole crédible. À rappeler que le secteur n’a pas vocation à s’excuser d’exister ni à se satisfaire d’un discours d’endurance permanente.
Nos vœux pour l’année qui s’ouvre ne promettent donc ni miracle ni rupture spectaculaire. Ils affirment une exigence : continuer à tenir une parole sincère, collective et responsable. Une parole qui ne confond pas loyauté et silence : une parole qui sache dire « nous tenons », sans cesser de dire « cela ne peut pas durer ainsi ».
C’est peu, sans doute, mais c’est essentiel.
Natalia BREYSSE, Directrice Régionale URIOPSS ARA
